Je me souviendrais toujours d'elle, mon premier amour. Pas un mot échangé, juste quelques sourires et des ½illades appuyées, mais je l'aimais et aujourd'hui, 10 ans après, jour pour jour, je l'aime encore et je la retrouve.
Je revois la fenêtre bleue où elle était assise. Quand j'ouvrais mes volets, je la voyais, appuyée contre le rebord du mur, en train de fumer, de lire ou tout simplement de penser... Elle relevait la tête, me regardait dans les yeux jusqu'à ce que je baisse les miens. Et pendant la fraction de seconde où mes yeux n'étaient pas sur elle, elle disparaissait. Quand je relevais la tête, un grand vide me submergeait. La seule chose qui m'empêchait de sauter de la fenêtre c'était l'espoir de réussir à soutenir plus longtemps son regard, le lendemain. Ces regards échangés, je m'en contentais. J'aimais notre relation car elle était différente. Et j'aimais la différence.
Environ six mois après, je la vis en face de moi. Elle m'attendait au pied de mon immeuble. J'allais au travail à pied, elle m'emboîtait le pas. Elle marchait à mes côtés sans jamais dire un mot. Quand j'arrivais au travail, le temps pour moi d'ouvrir la porte lui suffisait à disparaître. Je la retrouvais après, elle me raccompagnait chez moi. Toujours en disparaissant quand je m'y attendais le moins. Je n'ai jamais essayé de lui parler, je savais que je me heurterais à un mur. C'était devenu ma routine et je ne m'en lassais pas. Je l'aimais.
Dès que je l'ai vu, j'ai arrêté les filles, les femmes, les petites amies et les conquêtes d'un soir, les étudiantes et les femmes mariées... Je ne voyais qu'elle, ne vivais que par elle et rêvait d'elle. Je rêvais du jour où elle me ferait signe d'aller plus loin tout en le redoutant. Ce jour arriva au bon moment, après le décès de ma mère. Je lui infusais ma tristesse. Nos corps emboîtés tremblaient de plaisir. Ses mains caressaient mon dos et je sentais son souffle chaud sur mon torse. Je ne savais pas, à l'époque, et j'ignore encore aujourd'hui si elle-même le savait. Elle disparut.
C'était fini. Elle disparut de ma vie. Elle n'était plus là le matin, à sa fenêtre, elle ne m'attendait plus en bas de chez moi et ne venais plus me chercher au travail. Je ne la cherchais pas. Elle avait décidé de partir, c'était son choix. Mais mon amour ne décroissait pas pour autant.
J'étais au travail. Ce jour-là, je devais embaumer trois personnes. C'est la dernière fois que je la vis. Elle était toujours aussi belle. Je m'occupais d'elle comme jamais je n'avais embelli quelqu'un. J'apprenais après la cause de son décès. Je ne bougeais pas. C'était trop tard.
Aujourd'hui, c'est mon tour. Mes jours me sont comptés. Grâce à la nouvelle, j'avais une excellente excuse pour ne pas approcher les autres femmes. Aujourd'hui, je vais la retrouver. Moi, pauvre porteur du sida, je vais retrouver celle qui m'a contaminé.